Transmission d’entreprise : comment préparer la relève de sa PME en Suisse

Focus

La transmission d’entreprise constitue un enjeu majeur pour les PME suisses. Anthony Montes, président de l’Association Relève PME et directeur de la Promotion de la FER Genève, apporte son éclairage et livre quelques conseils pour s’y préparer.

Monsieur Montes, selon une étude de l’Université de St-Gall et d’UBS, le taux de succession d’entreprises est actuellement de 32%, un chiffre en légère hausse en comparaison avec les résultats des 10 dernières années. Quelles en sont les raisons selon vous ?

On est dans une phase où beaucoup de chefs d’entreprises, issus de la vague des baby-boomers, arrivent à l’âge de transmettre leur entreprise. Et la question qui n’est pas très claire aujourd’hui, c’est quand est-ce qu’on va atteindre le sommet de cette vague ? Je pense qu’on arrive gentiment sur le haut de la vague, même si c’est difficile à situer précisément, car tous les chefs d’entreprise ne partent pas au même âge.

A quel moment un entrepreneur devrait-il commencer à préparer la transmission de son entreprise ?

Il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte en fonction de l’entreprise. Cela dépendra notamment de sa forme juridique, de sa maturité, de la propreté de sa gouvernance ou encore, à l’heure actuelle, de son degré de digitalisation. Cela dépend également s’il y a déjà un repreneur potentiel, au sein de la famille ou des collaborateurs par exemple. On parle généralement d’une anticipation de 5 à 10 ans, mais on se base surtout sur la règle des 5 ans. Lorsqu’une entreprise est exploitée en raison individuelle, on recommande souvent de passer en Sàrl, notamment pour des raisons fiscales. Et entre ce changement de forme juridique et la vente de l’entreprise, un délai de cinq ans doit s’écouler, d’où cette règle.

Anthony Montes, président de l’Association Relève PME et directeur de la Promotion de la FER Genève

Observe-t-on de nouvelles formes de reprises d’entreprises actuellement ?

Oui, avec la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, nous observons aujourd’hui un phénomène émergent : certaines entreprises, souvent des concurrents, rachètent de petites structures, principalement des sociétés de 4 à 7 personnes. Cela leur permet, en une seule opération, d’acquérir du personnel qualifié, éventuellement d’intégrer une nouvelle spécialisation et, lorsque l’entreprise rachetée est située dans un autre canton, d’élargir leur présence géographique et leur marché.

Vous êtes président de l’Association Relève PME ? A quels types d’entreprises vous adressez-vous ?

Nous nous adressons principalement aux très petites entreprises, en général de moins de 50 collaborateurs, et le plus souvent à des structures de moins de 10 personnes. La majorité des entreprises accompagnées ont une valorisation inférieure à 500’000 francs.

Que proposez-vous à ces entreprises ?

Nous avons découpé la transmission d’entreprise en 10 étapes. À travers des séances d’information, des ateliers, un guide et une plateforme de e-learning, nous expliquons aux chefs d’entreprise les différentes étapes de la transmission et déterminons avec eux celles pour lesquelles l’appui de spécialistes est nécessaire.

Qu’est-ce qui peut parfois freiner une transmission d’entreprise ?

Même si c’est gentiment en train de changer, un frein important à la transmission d’entreprise en Suisse reste la réticence des chefs d’entreprise à parler de leur projet de vente, par crainte des réactions des employés ou de leur entourage. Beaucoup hésitent également à vendre à un concurrent, alors que celui-ci peut, dans certains cas, devenir le repreneur le plus pertinent, notamment sur le plan financier. Pour répondre à ces enjeux, Relève PME a mis en place une plateforme de mise en relation entre cédants et repreneurs, couvrant la Suisse romande. Les annonces y restent volontairement partielles : le cédant garde la maîtrise des informations transmises et choisit avec qui entrer en contact. La mise en relation se fait progressivement, jusqu’à une rencontre encadrée par une petite clause de confidentialité.

Quels sont les premiers pas concrets à entreprendre lorsque l’on souhaite vendre son entreprise ?

Je dis toujours que si vous voulez vendre votre voiture et que vous avez le cendrier qui déborde, les tapis pleins de terre et une porte qui ne ferme pas, même si un site comparatif en ligne vous donne un prix, il y a peu de chance que vous atteigniez ce prix de vente pour votre voiture. C’est la même chose pour une entreprise. Il faut vraiment rendre belle sa société et pouvoir apporter de la transparence au repreneur. Le repreneur doit pouvoir obtenir des réponses claires à ses questions, accéder aux documents clés et vérifier les données annoncées. S’il y a des employés clés, il faut pouvoir les identifier et voir ce qu’on peut mettre en place pour éviter qu’ils quittent l’entreprise après la reprise.

Finalement, quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur qui souhaite transmettre son entreprise ?

Anticiper. Une transmission d’entreprise demande beaucoup d’énergie et il y a de nombreuses questions à se poser. Je recommande également aux cédants de ne pas rester figés sur un prix de vente et d’étudier plusieurs options possibles. Parfois, certains cédants veulent vendre leur entreprise avec les murs, dont ils sont propriétaires. Or, vu le prix actuel du mètre carré, cela complique souvent la reprise sur le plan financier. D’autres options existent comme la vente de l’entreprise sans les murs, avec la possibilité de conserver les locaux, de percevoir un loyer, puis de vendre l’immobilier ultérieurement au repreneur ou à un tiers. De plus, la transmission reste avant tout une question humaine. La relation construite avec les employés et la crainte de ce qu’ils deviendront en cas de reprise externe sont souvent aussi sensibles que la négociation financière. Trouver un équilibre acceptable pour toutes les parties est donc essentiel.

Propos recueillis par Anaëlle Deschenaux

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